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Charline : « On privilégie trop les structures qui coûtent cher»

Charline fait parler d’elle depuis la rentrée. Infirmière libérale en Anjou, son livre « Bonjour, c’est l’infirmière ! Tous mes patients ont une histoire » rencontre un franc succès. Il fait mieux connaître la profession du grand public. Rencontre avec l’auteure.

Charline fait parler d’elle depuis la rentrée. Infirmière libérale en Anjou, son livre « Bonjour, c’est l’infirmière ! Tous mes patients ont une histoire »1 rencontre un franc succès. Il fait mieux connaître la profession du grand public. Trois questions à l’auteure.

Vous attendiez-vous à un tel succès de librairie ?
Charline : Pas du tout. Je suis surprise. Moi, je ne m’attends à rien de personne. Je suis plus touchée quand je lis les messages de consœurs sur mon blog (http://cestlinfirmiere.blogspot.fr) et qui disent être reboostées après la lecture du livre alors qu’avant, elles étaient un peu déprimées par le métier. Elles se sentent comprises et ont le sentiment de se lire. J’explique ce succès peut-être parce que le bouquin parle à plein de gens. Nous sommes tous concernés par la santé.

Ce livre permet-il au grand public de découvrir votre quotidien ?
Si le livre peut juste aider les patients à comprendre ce qu’est notre boulot et que derrière une porte que l’on ferme, il y en a une autre que l’on ouvre, ce ne serait pas mal. Beaucoup de mes patients l’ont lu et m’ont dit qu’ils ne pensaient pas que mes journées, c’était ça. Et puis j’exerce un beau métier et j’ai été très fière d’en parler. Je voulais montrer ce que c’est. Sans prétention aucune, c’est le but du bouquin. Il faut aussi que l’on prenne soin de nous, les soignants, pour que nous puissions continuer à prendre soin des patients.

De quoi le système de santé a-t-il prioritairement besoin pour que l’exercice infirmier soit davantage respecté et facilité ?
Le problème majeur qui nous fait un mal de chien, à nous les infirmières, c’est le trou de la Sécu. En effet, on pense le système de santé autour de ce fichu trou que l’on n’arrive pas à combler. Or, pour ce faire, il faut réaliser des économies forcément sur le dos des soignants qui sont à la base du système. Pourtant, nos conditions de travail sont les conditions de soins des patients. Si l’on se mettait à comprendre que la santé n’est pas quelque chose de rentable, on ferait du chemin et il y aurait notamment moins de turnover des soignants. Par ailleurs, la Sécurité sociale ne se met pas à jour pour ce qui est des soins à domicile et ne fait rien pour résorber son déficit. Si elle faisait un effort en la matière, nous nous en sortirions bien mieux. Il faudrait que les actes qui correspondent à des besoins réels soient inscrits dans la Nomenclature et ainsi remboursés comme il se doit. Aujourd’hui, ils sont soit sous-cotés, soit pas côtés. Pour ce qui est du statut libéral à proprement parlé, je suis assez pessimiste. Quand je vois l’économie de la santé actuelle, le développement des HAD et des SSIAD qui grappillent toujours un peu plus sur nos soins, je ne sais pas si dans dix ans, on ne me forcera pas à enlever la plaque de mon cabinet parce que je n’aurais plus de travail. On privilégie tellement les structures qui coûtent cher que nous, libérales, on ne pèsera pas bien lourd dans quelques années.

« Bonjour, c’est l’infirmière ! Tous mes patients ont une histoire », Éditions Flammarion, 16€.
Propos recueillis par A. T.

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